Travestissements, rebondissements, coups de théâtre : cette représentation de la fuite à Varennes répond à toutes les exigences de l'art dramatique. Jean-Baptiste Lesueur choisit ici de représenter le dénouement : Bayon, le fondé de pouvoir de l'Assemblée, remet au roi le décret de prise de corps qui le suspend de ses fonctions. Dans les bras de leur mère, la "baronne de Korff", les enfants royaux implorent la clémence. Une des dames de compagnie de la reine simule l'évanouissement. En costume de valet de chambre, Louis XVI esquisse un geste d'impuissance stupéfaite.
La simplicité naïve de cette mise en scène souligne la portée symbolique de l'événement. Ce Louis XVI sans majesté n'est déjà plus que Louis Capet. Cette éclipse momentanée de la royauté va pousser la Nation à s'en affranchir définitivement.
Jean-Baptiste Lesueur est l'auteur d'une véritable chronique de la Révolution, de juillet 1789 aux premiers épisodes napoléoniens. Dans les théâtres de rue de l'époque, on faisait coulisser comme une bande dessinée ces gouaches aux couleurs fraîches, découpées et collées sur un fond. Chacun y reconnaissait une actualité familière.